[Ce film est actuellement diffusé dans la salle de télévision de la Maison de la Photographie]
Cette série de documentaires a été filmée dans le Haut Atlas en 1957 c'est-à-dire au lendemain de l’indépendance du Maroc. Elle pourrait être qualifiée de série de carnets de voyage filmés. On y voit la première visite d’un représentant de l’Etat dans la tribu Seksawa. C’est le premier film en couleur réalisé chez les Berbères du Haut Atlas. On note particulièrement les magnifiques scènes de danses “tiskiwin”. Le commentaire est le texte original du journal rédigé par Daniel Chicault pendant son voyage.
Daniel Chicault est né à Briare en 1931. Après la Seconde Guerre mondiale, il quitta la France dévastée à la recherche d’une terre où construire son avenir, le Maroc. Longeant la Loire à bicyclette, une couverture roulée pour seul bagage, il s’embarqua pour le Maroc. Plus tard, suite à une rencontre avec l’ethno-photographe Besancenot, il filma « Paysages et visages de Haut Atlas ». Les couleurs et les commentaires sont d’origine, le film a été numérisé à la cinémathèque de Bretagne qui y a rajouté des sons et des chants captés ultérieurement.
Les commentaires du film
"Ces commentaires parviennent du journal que j’ai tenu pendant mon séjour dans le Haut-Atlas. Mon nom, Daniel Chicault, mon compagnon Roland Maréchal qui m’accompagnait en tant qu’interprète. Grâce au gouvernement marocain, nous avons fait un merveilleux voyage en compagnie du caïd de la tribu Seksaoua qui se rendait pour la première fois dans sa tribu, située sur le versant nord du Haut-Atlas, ici les différents villages que nous avons visité en compagnie du caïd.
Voici la jeep qui nous a amené au col de Tizi Tangourt à
Sur cette piste muletière parmi les rochers, installé tant bien que mal sur le dos de mon mulet, je filme ces instants agréables pour nous qui partons à la découverte de toute une région, sans trop imaginer comment sera reçu l’invité de marque que représente le caïd de la tribu et sa suite.
Une délégation du village vient à notre rencontre pour nous faire l’offrande du lait et des dattes et nous souhaiter la bienvenue. Le marocain en habit européen qui jure dans ce décor, va se joindre à la caravane du caïd. Il est représentant d’un parti politique venu faire sa propagande. Bloqué au fond de la vallée, voici qu’apparait le village « TASA » ; tous les habitants sont de sortie pour accueillir le caïd et sa suite. Nous apparait pour la première fois les fameux danseurs tiskiouine. Sur leurs épaules gauches, reposant sur un foulard, un curieux cornet à poudre duquel pendent des lanières de vives couleurs. C’est ce cornet à poudre « tiskioui » qui donne leur nom aux danseurs. C’est la première vision des danses folkloriques en Haut Seksaoua. Les tambours donnent la cadence et l’ordre. Les danseurs forment un cercle, les mains frappent les tambourins, les pieds tapent le sol, les épaules qui portent le tiskioui s’animent, le groupe fait corps.
Leurs robes blanches descendant jusqu’aux chevilles est serrées à la taille par une ceinture. Du coté gauche du corps, la traditionnelle sacoche, de l’autre le poignard à lame recourbée qui très souvent est en argent. La tête est ceinte d’un turban. Ces danseurs on les font venir de fort loin, et à Marrakech, lors des grandes réceptions, mais au printemps de l’année 1957, c’est la première fois qu’ils sont filmés dans le cadre de leurs tribus, descendant du seul groupe au monde qui interprète cette danse de tiskiouine dont en ne connait encore l’origine.
Nous avons été invités pour le dîner dans la demeure du chef du village et à la nuit tombante, nous retrouvons la fête qui se poursuit. Les femmes remplaçaient les hommes pour la continuité des chants et des danses, dans cet ensemble riche en couleur ne peut trouver meilleur décor.
(Chants)
"Chacun reprit place sur sa monture au pied des monts enneigés. Nous retrouvons la caravane qui se profile sur la piste sinueuse vers de nouvelles découvertes. Notre caravane est possédée de joueurs de tambourins et de flûtes. Le village est bâti comme un théâtre en plein air, les spectateurs sur les gradins que font les toits et les danseurs sur la place. Splendeur des costumes chez la femme et les jeunes filles. Ces feux servent uniquement à retendre la peau des tambourins. Dans les danses ahouachs, les hommes épaule contre épaule, ont un maître de chant et des danses qui entonnent une longue mélopée. Et à mesure qu’il danse, sa voix s’élève et s’accélère en même temps. Les hommes, épaule contre épaule, entreprennent une sorte de balancement rythmé par le chant, lorsque la voix s’arrête, le battement des mains crépite, le rythme s’accélère encore, sans cesse, et parvenu au paroxysme s’arrête brusquement puis le rythme reprend lentement, presque indéfiniment.
A la nuit tombante, c’est l’arrivée dans le village Fensu. C’est la même réception avec l’offrande à chacun des dattes et du lait avant de pénétrer dans le village. Au matin, au réveil, le paysage typique du Haut-Atlas, les sommets enneigés illuminés par un soleil déjà haut, le village et la vallée inondée de lumière et c’est en cœur léger que tout le monde reprend la piste. Au passage du caïd se sont des applaudissements. Chacun met pied à terre et la suite du caïd, c’est la visite du petit souk de Gersafen très bien situé à l’embranchement de trois vallées, on y vient de fort loin, car ici la viande est un luxe qu’on ne peut s’offrir tout les jours. Ce souk ou marché a lieu une fois par mois.
Avant d’être tué dépecé en plein air, les animaux attendent paisiblement. Nous voici installés sur une terrasse pendant que des dans bouilloires de cuivre l’eau arrivent en ébullition pour la préparation du si agréable thé à la menthe. La préparation du thé et tout un art, il doit toujours être préparé devant les invités, longuement dosé et dégusté avant d’être servi très chaud et très sucré. Maintenant c’est le tour du bouquet de menthe fraiche. On emploi des pains de sucres cassées au préalable devant l’assistance. Un seul verre ne vous sera pas offert, mais deux ou mêmes trois, chez les plus pauvres, sachez refuser ce troisième verre qui vous est offert. En commencent par le Caïd, chacun sera servi. Partout la fête se poursuit.
A nouveau, un vaste toit terrasse, préparation du thé, des groupes formés selon l’importance des personnes. Un tronc d’arbre taillé en crémaillère sert d’escaliers ce qui demande une certaine dextérité à ces hommes les bras chargés de plats, qui ne craignent même pas de trébucher ou de marcher sur leurs longues tuniques ; ces gens allaient dépenser bien des réserves afin d’honorer leur chef. Les hommes sont assis à même le sol autour du plat qui leur est servis par groupe en commençant par celui du Caïd, et moi j’amuse toujours dans cet exercice difficile pour manger le couscous.
Partout où se rend le Caïd, la fête se poursuit, la séparation toujours caractéristique des hommes et des femmes. Remarquez la façon particulière de se saluer chez ces femmes. Sous les chauds rayons du soleil couchant, elles vont essayer à leurs tours de danser. Elles y mettent beaucoup d’ardeur et de conviction, mais intimidées par la caméra baraquée sur elles, elles n’arrivent pas a donner le mouvement et le chant de la danse. Aussi laissons les tranquille et rejoignons notre caravane qui se profile sur ce décor grandiose du Haut-Seksaoua.
Offrande traditionnelle du lait et des dattes avant de pénétrer dans le village. Les hommes se précipitent vers le Caïd pour lui baiser les mains ou le toucher. Chacun descend de sa monture sous les acclamations et prend place sur la terrasse d’une habitation. C’est l’heure de la prière. La prière : une succession d’attitudes bien définies, temps debout, inclinaison, prosternation, station assise, elle n’en n’est pas moins un acte d’adoration mental. On l’accompli cinq fois par jour, ensuite c’est la détente, prend place un conteur, ce spectacle est toujours très apprécié par les
Berbères.
Journée du 20 Mars 1957, réveil à 6 heures et demi, petit bain de toilette, nous retrouvons nos compagnons, premier thé suivi d’une soupe accompagnée de dattes, plat de viande, gâteux au miel, double thé, ce matin la fatigue commence à se faire sentir. Tous ceux qui voyagent sur le dos d’un mulet ont bien de la chance, les autres courent parfois derrière. Mais chacun s’étire, se prépare pour de nouvelles visites pour de nouvelles fêtes, bien vite tous retrouvent leur énergie comme le plaisir du spectacle. 10 heures et demi, nous arrivons à Usaka accroché au flan du premier ressaut de la montagne.
Qu’est ce qu’un Berbère ? Le Berbère et plus un groupement linguistique qu’une race et son nom et celui de la langue qu’il parle. Il est fier, d’esprit noble et guerrier, très attaché à son lieu natal et à sa tribu. Le Berbère, peut être petit, brun, il peut être grand blond aux yeux bleus, ou être grand brun et rappeler les habitants du Nil. Il occupe l’Afrique du Nord depuis la préhistoire. Pas très renseigné sur leur origine, on pense que ces populations venaient d’Asie et d’Europe. La plupart d’entre eux se convertirent à l’Islam après la conquête arabe au septième siècle. Sur la pente, un homme transmet rapidement à un autre un grand plateau de cuivre, suit un groupe de femmes qui arrive en chantant et prend place sur la terre pleine devant nous, à terre sont posés des nappes et des tapis où nous allons prendre place. Evidement chacun a pris place où il se doit.
Les hommes cassent des noix qui nous sont servies avec le thé.
Après les danseuses, nous retrouvons les danseurs Tistkiouine. Dans ce décor, on a l’impression qu’un metteur en scène a exposé chaque personne, chaque chose, pour créer une image parfaite. Je reste admiratif devant ce qui s’offre à mes yeux. J’espère pouvoir apporté de bons images pour que d’autres en profitent et servent l’acte devoir de la mémoire de toute une région.
(Chant singulier 19 :29).
"21 Mars 1957, aujourd’hui, dernier journée avec le Caïd qui regagne Imi Ntanoute demain matin avec sa suite. Au sein de ces montagnes qui nous entourent avec leurs sommets, se situant souvent à plus de

