Exposition en cours
Riad Denise Masson, Marrakech
En choisissant ce titre, nous voulons rendre hommage à un des plus généreux inspirateurs de l’aventure que constitue à la fois la collecte des photographies de notre collection, mais aussi de l’aventure joyeuse que fut la construction de l’Ecomusée berbère de la vallée de l’Ourika.
Daniel Chicault, filma en 1957 « Paysages et Visages du Haut Atlas », en couleur, et rédigea un journal pendant son expédition en pays Seksaoua. C’est à lui que nous empruntons le titre de cette exposition.
Ses documentaires numérisés à la Cinémathèque de Bretagne, et diffusés en permanence à la Maison de la Photographie enchantent chaque jour ceux qui les voient.
Le fonds de photographies aujourd’hui installé à la Maison de la Photographie à Marrakech, contient plusieurs centaines d’images sur le monde amazigh. Principalement des tirages originaux, mais aussi trois boîtes de 800 plaques de verre, chacune numérotée, localisée, et en parfait état de conservation. L’auteur des photographies est à ce jour anonyme, même si certains indices permettraient de l’identifier : médecin, militaire, on connaît ses résidences successives. Les photographies furent réalisées de 1926 à 1930, sur les deux versants de l’Atlas. Il s’agit donc d’une période dite d’avant la pacification : voyager est alors dangereux pour l’Européen, et de nombreuses photographies montrent une compagnie armée, un logement sécurisé soit dans une maison fortifiée, sur la terrasse, soit chez les notables. Parfois, dans la succession des clichés soigneusement emballés, des images familiales surgissent et, sur les murs photographiés d’un salon, des tirages papier des travaux du photographe. Le hasard nous fît retrouver, après avoir acquis l’ensemble des plaques de verre, dans une brocante provinciale, les tirages sur papier des clichés verre qui se voient sur les murs. J’ai plaisir à évoquer les moments fébriles que fut la manipulation, une par une, de chacune de ces images.
Au fil des photographies le propos du photographe s’impose : volonté de classification, volonté de communication aussi. Il s’agit d’un long chapitre de vie, dont chaque image est un fragment, qui lui furent tous précieux. Le meilleur de sa provende, il le trouva à la faveur de tournées dans les montagnes, sur les durs chemins hiémaux, au creux des vallées, dans les maisons. Mais s’approfondissaient à l’évidence des relations sinon d’amitié, du moins de grand intérêt pour les hommes rencontrés, les paysages traversés. La notation soigneuse de chaque cliché en témoigne.
Les tirages effectués sur papier pour cette exposition évoqueront les heures longues et rapides de l’homme inconnu et familier qui recueillit des irremplaçables morceaux de vie. De ce moment de découverte, chacun de nous, se sent uni plus profondément à l’histoire de l’Atlas. Cette même aventure, nous la ressentons puissamment en lisant des pages de René Euloge « Cimes et hautes vallées du Grand Atlas » publié à Marrakech en 1949. Et on pensera aussi au travail de Jacques Berque « Structures Sociales du Haut-Atlas », publié en 1955.
Quelques une de ces photographies furent exposées en Bretagne, sous le grand cèdre de l’abbaye de Daoulas, en 2008, pour l’exposition «
Berbères, de rives en rêves ».
Les tirages de cette exposition ont été effectués à Marrakech par la Maison de la Photographie, à partir des plaques de verre stéréoscopiques.
Nous avons gardé les notices manuscrites rédigées sur chacune d’elle par le photographe.
Les photographies de cette exposition seront ultérieurement publiées sous le titre « Paysages et Visages du Haut Atlas, Cahiers amazigh ».